Samedi matin, 6h21.


Ce matin j'accompagne Gaetan et son pivert, un huamei 画眉 dont il a fait l'acquisition le mois dernier du côté de la vieille ville. Aujourd'hui, Gaetan a un plan pour aller voir des combats de huameis.

Entre parenthèses, le huamei c'est le genre d'oiseau correctement pénible, façon tamagochi, auquel il faut impérativement donner un bain tous les jours entre onze et quinze heures sous peine de le voir déprimer.

Il est sept heures du matin, nous sommes samedi, et nous voilà tous les trois - Gaetan, son pivert, et moi - à la recherche de la salle où sont censés se dérouler les combats de huameis. Nous de disposons que de très vagues indications, un nom de rue et un indice... les combats ont lieu dans un salon de thé.

Bien entendu une fois sur place, pas de salon de thé.

Il est cependant difficile de ne pas prêter attention au ballet permanent d'hommes accompagnés de leurs piverts convergeant vers un restaurant du Hunan. Futés comme des bisons nous poussons la porte du hunanais qui semble fermé, nous traversons la salle principale et empruntons un escalier au fond de l'établissement.


A l'étage, nous découvrons une salle enfumée dans laquelle siège une cinquantaine d'hommes attablés tel des écoliers. Ils attendent en compagnie de leurs piverts, sérieux comme des pontifes. On ne sait d'ailleurs pas trop ce qu'ils attendent.


Un homme avenant nous fait alors une petite place sur une table au fond de la salle et nous nous retrouvons assis en rang - comme à l'école - aux côtés de trois acolytes, piverts bien alignés devant nous. La fine équipe.

Il va sans dire qu'avec l'épaisse fumée de cigarette qui flotte ainsi que le pépiement incessant des piverts, il règne une atmosphère pour le moins particulière. Pour mieux communier avec le reste de la salle, nous engageons alors à notre tour un processus d'attente. Tic, tac, tic, tac...


On vient assez rapidement nous parler, on s'enquière de la santé du pivert qui nous accompagne, quel âge a t'il ? Il est bien trop jeune et trop frêle pour combattre nous fait on remarquer à droite. A l'arrivée de l'automne il va muer et perdre toutes ses plumes souligne t'on à gauche.

Nous apprenons que les combats de huameis ne sont pas fréquents. Certains jours comme aujourd'hui il n'y en a d'ailleurs pas.


Peu avant huit heures du matin, un homme fait son apparition dans la salle pivert à la main et pyjama de soie sur le corps. Alors qu'il passe devant nous, on nous souffle discrètement que cet homme est un gros cador. Rien que l'année dernière son pivert lui a rapporté près de 350.000 yuans - 35.000 euros - en paris sur ses combats.

Ciel, 老天 !

Ce samedi est un jour béni des dieux, on nous fait une faveur en nous apportant deux oiseaux que l'on fait spécialement combattre devant nous. Le mode opératoire est assez simple, les oiseaux se prennent le bec sans toutefois s'entretuer. Le protocole reste plutôt bon enfant.

Et puis, après deux bonnes heures passées dans l'arrière salle de ce restaurant du Hunan à refaire le monde avec la salle, et sachant que trop de pivert tue le pivert nous jugeons plus raisonnable de prendre la poudre d'escampette.