Shanghai

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samedi 31 mars 2007

Les étranger's

Au Starducks café à Shanghai, si vous semblez être de confession chinoise, on vous demande votre nom de famille lorsque vous passez en caisse. Le cas échéant, on préfère ne rien vous demander, c'est plus sûr ainsi.

Une fois votre commande réglée, on inscrit votre nom sur un gobelet qui est aussitôt transmis à un maître caféier à qui incombe la tâche de préparer votre arabica en coulisse. Aussi, pas de confusion possible lorsque l'on vous remet votre breuvage caféiné.

"Le caramel frapatto de Mademoiselle Zhang est prêt !" annonce ensuite le serveur pour signaler à Mademoiselle Zhang qu'elle peut venir retirer son café au comptoir.

Moi, je ne colle pas trop au profil, du coup au Starducks jamais personne ne me demande mon nom de famille chinois, et jamais personne ne s'amuse à inscrire mon nom de famille chinois sur mon gobelet. Pourtant j'imagine que je serais plutôt content de répondre que je m'appelle Monsieur Zhu (朱), à ne pas confondre avec Monsieur Zhu (猪).

Personne n'inscrit jamais mon nom sur mon gobelet... mais d'aussi loin que je me souvienne, jamais erreur de routage ne s'est produite. Comme par magie, une fois ma commande passée, il suffit que je me présente au comptoir sans piper mot pour que l'on me remette toujours dans les plus brefs délais mon gobelet... celui que j'ai commandé et pas celui de Mademoiselle Zhang.

Dimanche dernier, je vais prendre un café avec Olivier, et une fois de plus lorsque nous nous présentons à la caisse pour passer commande, on oublie de nous demander nos noms, mais quelques inscriptions sont gribouillées à la hâte sur nos gobelets.


外's - autrement dit "étranger's" - peut on lire sur nos gobelets en carton.

Hum, je crois que je comprends mieux maintenant.

samedi 24 mars 2007

Le morning toast

Une invention épatante a récemment fait son apparition sur les étagères de la boulangerie coréenne de la rue Hubei, le Morning Toast au beurre.


Le Morning Toast au beurre se présente sous la forme d'un classique pain de mie tranché dans un sachet plastique.

Rien d'exceptionnel ? Vous seriez bien naïfs de vous fier à votre première impression, n'allez pas croire que le Morning Toast n'est qu'une queue de chien montée sur une peau de zibeline, 狗尾续貂 comme le dit le proverbe chinois.

Le Morning Toast, c'est bien plus qu'un toast... En tout cas, c'est le message que s'efforce de véhiculer une réclame placée en tête de gondole à l'attention d'éventuels clients sceptiques.

Le Morning Toast répond à la fois aux besoins d'une clientèle pressée mais soucieuse de son alimentation.

"Le Morning Toast au beurre, plus besoin de beurrer la tartine" annonce le titre de la réclame

Un petit cercle rouge à côté duquel sont inscrits les mots "Contient du beurre" invite le futur client à admirer les particules de beurre - invisibles à l'oeil nu - pré intégrées par on ne sait quel procédé au sein même de la structure de la mie du toast.

Vous l'aurez compris, le Morning Toast au beurre est une tartine pré beurrée.

Je vous laisse imaginer le temps gagné le matin, modulo le fait qu'il n'est plus nécessaire de salir un couteau, ni même de racler la plaquette de beurre dure comme du béton.

Pour ma part, 安如泰山 aussi stable que le mont Taishan, je reste de marbre en matière de Morning Toast... enfin j'essaie de le rester.

A quand les Morning Toasts, pré tartinés à base de particules de pâté invisibles à l'oeil nu ?

dimanche 11 mars 2007

Les Pipines

Debriefing...

Hum hum, mon verdict est sans appel, je vous déconseille très fortement les Pipines pour les vacances.


Les plages pipinoises ne présentent aucun intérêt. L'eau est d'une couleur marronnasse tendance douteuse... c'est d'ailleurs probablement lié à l'épaisse couche de vase nauséabonde qui recouvre la caillasse des côtes de l'ensemble des archipels du pays.

Je laisse le soin aux sceptiques de se faire leur propre idée sur la question. Et comme je sais qu'une image est parfois bien plus éloquente que de longs discours, je vous invite à regarder la photo ci-dessous. Ce genre de paysage est ma foi assez représentatif de ce qu'on a pu voir en matière de plage aux Pipines.


Détail qui tue - on ne le voit d'ailleurs pas sur la photo - l'eau est glaciale. J'en veux pour preuve, il n'est pas rare de voir des blocs de glace à la dérive au large de la barrière de corail circuler entre les bateaux pirates.


Cerise sur le gâteau, je vous le donne dans le mille, les Pipines font péter le score en matière de pluviométrie. Le ciel est rarement dégagé. Eté comme hiver, il pleut plus de 365 jours par an. Mais soyons positifs, un temps maussade présente aussi des avantages, eh oui il est assez dur de se prendre un coup de soleil sur le bout du nez.


Je sais pertinemment que certains d'entre vous - aveugles et sourds à mon chapelet de mises en gardes - seront tout de même tentés d'aller faire un saut aux Pipines. A ceux là, je conseille de ne pas oublier de glisser une couverture de survie en alu dans leurs valises. Oui, la nuit le blizzard est impitoyable... et je ne parle même pas du redoutable yéti qui sévit aux abords des plages.


Alors convaincus ?

samedi 3 mars 2007

Prise de bec

Samedi matin, 6h21.


Ce matin j'accompagne Gaetan et son pivert, un huamei 画眉 dont il a fait l'acquisition le mois dernier du côté de la vieille ville. Aujourd'hui, Gaetan a un plan pour aller voir des combats de huameis.

Entre parenthèses, le huamei c'est le genre d'oiseau correctement pénible, façon tamagochi, auquel il faut impérativement donner un bain tous les jours entre onze et quinze heures sous peine de le voir déprimer.

Il est sept heures du matin, nous sommes samedi, et nous voilà tous les trois - Gaetan, son pivert, et moi - à la recherche de la salle où sont censés se dérouler les combats de huameis. Nous de disposons que de très vagues indications, un nom de rue et un indice... les combats ont lieu dans un salon de thé.

Bien entendu une fois sur place, pas de salon de thé.

Il est cependant difficile de ne pas prêter attention au ballet permanent d'hommes accompagnés de leurs piverts convergeant vers un restaurant du Hunan. Futés comme des bisons nous poussons la porte du hunanais qui semble fermé, nous traversons la salle principale et empruntons un escalier au fond de l'établissement.


A l'étage, nous découvrons une salle enfumée dans laquelle siège une cinquantaine d'hommes attablés tel des écoliers. Ils attendent en compagnie de leurs piverts, sérieux comme des pontifes. On ne sait d'ailleurs pas trop ce qu'ils attendent.


Un homme avenant nous fait alors une petite place sur une table au fond de la salle et nous nous retrouvons assis en rang - comme à l'école - aux côtés de trois acolytes, piverts bien alignés devant nous. La fine équipe.

Il va sans dire qu'avec l'épaisse fumée de cigarette qui flotte ainsi que le pépiement incessant des piverts, il règne une atmosphère pour le moins particulière. Pour mieux communier avec le reste de la salle, nous engageons alors à notre tour un processus d'attente. Tic, tac, tic, tac...


On vient assez rapidement nous parler, on s'enquière de la santé du pivert qui nous accompagne, quel âge a t'il ? Il est bien trop jeune et trop frêle pour combattre nous fait on remarquer à droite. A l'arrivée de l'automne il va muer et perdre toutes ses plumes souligne t'on à gauche.

Nous apprenons que les combats de huameis ne sont pas fréquents. Certains jours comme aujourd'hui il n'y en a d'ailleurs pas.


Peu avant huit heures du matin, un homme fait son apparition dans la salle pivert à la main et pyjama de soie sur le corps. Alors qu'il passe devant nous, on nous souffle discrètement que cet homme est un gros cador. Rien que l'année dernière son pivert lui a rapporté près de 350.000 yuans - 35.000 euros - en paris sur ses combats.

Ciel, 老天 !

Ce samedi est un jour béni des dieux, on nous fait une faveur en nous apportant deux oiseaux que l'on fait spécialement combattre devant nous. Le mode opératoire est assez simple, les oiseaux se prennent le bec sans toutefois s'entretuer. Le protocole reste plutôt bon enfant.

Et puis, après deux bonnes heures passées dans l'arrière salle de ce restaurant du Hunan à refaire le monde avec la salle, et sachant que trop de pivert tue le pivert nous jugeons plus raisonnable de prendre la poudre d'escampette.