Dimanche matin, place Tiananmen (*).

Le ciel est dégagé, le froid est saisissant.

Alors que nous nous déambulons en direction de la Cité Interdite, un lot de vendeurs à la sauvette attiré par les proies faciles que nous sommes s’accroche à nous dans l’espoir de nous fourguer des chapkas à moumoute et autres gants estampillés « JO Beijing 2008 ».

- Hello my friend, very cheap.

Nous avançons sans trop leur accorder d’attention lorsque j’entends une petite voix prononcer le mot « Chapeau » dans un français parfait.

Plutôt impressionné par la prononciation cristalline du mot « Chapeau » en français, je me retourne pour féliciter l’interprète de ces deux syllabes, une jeune vendeuse. Un touriste français lui a probablement appris à dire le mot « chapeau » par le passé. Elle manifeste assez vite l’envie de passer à des choses plus sérieuses et me demande

- Comment dit-on 手套 en français ?
- Des gants !
- Des « gao » répète t’elle juste après moi avec beaucoup d’application.

Parenthèse, Le son « an » du mot « gant » n’existe pas vraiment tel quel dans la langue de confucius.

- Ah non, on ne dit pas des « gao » mais plutôt des « gants », réponds-je amusé
- Ah d’accord. Des « gao », reprend t’elle avec toute la meilleure volonté du monde

Je n’insiste pas.
Après tout pourquoi ne dirait on pas « gao » à la place de « gant » ?

Notre cours improvisé s’arrête là, nous reprenons notre route.

Les informations circulent vite sur la place.

Une autre vendeuse à la sauvette à qui l’on vient visiblement de révéler l’existence du mot « gant » en français accoure avec la ferme intention de profiter de notre présence pour s’entraîner à prononcer son premier mot français.

Brandissant non pas un gant mais un bonnet fourré, elle nous interpelle

- Cela s’appelle un « gao ». J’ai bien prononcé ?

Si jamais vous croisez sur la place Tiananmen des vendeurs à la sauvette qui vous proposent gants ou bonnet tout en disant « gao », j’espère que vous aurez une petite pensée pour moi.

(*) Vous l’aurez compris, nous avons passé un WE à Pépin. Un grand merci à Thomas pour son accueil et son hospitalité. Un énorme merci à Camille également. Eh oui, gros scoop, nous avons enfin fait connaissance avec la célébrissime Camille qui nous a fait l’immense honneur de sa présence le temps d’un dîner. Hesiem, nous avons beaucoup pleuré de ne pouvoir te rencontrer. Maigre consolation, un "what's up man" nous est tombé dessus au détour d'une rue du côté de Sanlitun.