Shanghai

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jeudi 31 août 2006

Soyez mignons

La ville de Shanghouze exhorte ses citoyens à observer un comportement exemplaire.


"Soyez des shanghaïens mignons" nous dit le panneau bariolé suspendu au poteau à droite sur la photo ci-dessus.

Non, vous n'avez pas rêvé, il ne s'agit pas là d'une traduction fantaisiste de ma part. 可爱的上海人 inscrit en gros caractères rouges sur le panneau signifie bien "shanghaïen mignon".

Si le terme "shanghaïen mignon" peut paraître un poil cucul la praline, il n'en reste pas moins que le message délivré invite le citoyen à être aussi sympa qu'un bisounours lorsqu'il se trouve sur la voie publique.

Un chewing gum collé sous votre pompe ?
Une perte de face qui se dessine à l'horizon sous l'oeil bienveillant de Ronald ?

Ne laissez pas la colère prendre le dessus, pensez aux bisounours tournez vous plutôt en direction du premier panneau "Soyez des shanghaïens mignons". Le sourire devrait alors revenir illuminer votre visage.

Satisfait ou remboursé.

Je suis un shanghaïen mignon, je suis un shanghaïen mignon, je suis un shanghaïen mignon.

mercredi 9 août 2006

Cannibale

Un plat fumant trônait au milieu de la table.
- Une tortue est un mets particulièrement recommandé aux hommes d'un certain âge, fatigués de surcroît chuchota Peiqin à l'oreille de Yu.
C'était une tortue énorme, monstrueuse. Avec sa tête coupée et sa carapace parsemée de tranches de gingembre et d'oignons hachés, elle répandait dans la pièce un arôme enchanteur.


Ainsi s'achève le livre "Encres de Chine" de l'écrivain Qiu Xiao Long.


Allons bon, encore une histoire de tortue !
Non pas tout à fait... Enfin si presque... A vous d'en juger après tout.

L'histoire se déroule au fond d'un bistrot chinois.

Une poignée de cordiaux lurons - pouet pouet - une table surmontée du plateau en verre qui va bien, il n'en faut généralement pas plus pour passer un bon moment.

Un serveur fait irruption derrière moi, prêt à griffonner notre commande sur son petit carnet. Admirablement dévoué, il m'aide à tourner les pages plastifiées de la carte de l'établissement et prend un soin tout particulier à me désigner les plats les plus chers.

"Ami étranger tu devrais choisir ce plat, les touristes les gens comme toi aiment bien".

Au détour d'une page j'aperçois la photo d'une tortue délicatement caramélisée trônant au sommet d'un monticule de riz.
Bien évidemment, la fin du bouquin de Qiu Xiao Long me revient immédiatemment à l'esprit.

Si je suis un homme d'un certain âge ? Affirmatif.
Si je suis fatigué de surcroît ? No comment, ouh, ouh, ouh.

A peine le temps de demander l'avis de la tablée que le coup part... et hop, la tortue caramélisée vient rejoindre la chair de crabe, les asperges frites et les raviolos sur le petit carnet du serveur.

Pas question d'échapper au protocole, on me colle sous le nez une tortue vivante afin que je puisse vérifier de mes propres yeux l'état de santé de la bestiole. Caroline ayant déjà suffisamment de copains, je ne sauve pas l'animal qui est aussitôt expédié en cuisine avant de refaire son apparition une demi heure plus tard confortablement installé au sommet de son petit monticule de riz fumant.

Roulement de tambour... Tatata...


Verdict, la tortue est un mets délicieux.
La chair a la consistance du poisson, la saveur du poulet et la finesse du chien (*).

A la fin du repas on me présente une facture détaillée que je relis avec attention afin signifier au personnel de l'établissement que Julien veille au grain.
Ne parvenant pas à retrouver quelconque caractère en relation avec l'univers de la tortue (乌龟), je fais aussitôt part de mon étonnement à une serveuse passant à proximité de notre table.

- Je l'attendais cette question ! Je regrette monsieur, nous ne servons pas de tortues ici.
- Ah bon ?
- Monsieur confond probablement "tortue" (乌龟) et "poisson à carapace" (甲鱼).

Décidemment, je ne me lasserai jamais de ces petites subtilités de la langue chinoise. Une chose est certaine, notre tortue domestique Michaelangelo - curieusement moins prompte que son maître à digérer les finesses de la langue chinoise - n'a rien voulu entendre à ces salades de poisson à carapace.

- Ce n'était pas une tortue mais un vulgaire poisson à carapace que nous avons mangé...
- Barbare !
- Je t'assure, c'était juste un poisson qui essayait de se faire passer pour une tortue !
- Cannibale !

(*) Bien évidemment je plaisante... La viande de chien est bien moins fine que la viande de tortue.

dimanche 6 août 2006

La lettre de papy Tcheng

Salut les zouaves,

Voici un billet un peu particulier, je n'en suis pas l'auteur... Il a été rédigé par la célébrissime Camille de Beijing avec laquelle j'ai accepté de me prêter à un blog crossing. Le principe du blog crossing est ma foi fort simple, il fonctionne sur la base d'un échange de blogs. Vous l'aurez compris, j'ai aujourdh'ui l'immense honneur de recevoir Camille sur ce blog !

Je me tais, et laisse place à la prose de Camille !
Julien


Bonjour Julien, je profite de ce croisement de blogs pour te faire partager une correspondance que j’ai reçue récemment, de quelqu’un que tu connais bien, que tu as rencontré dans la tulou de Chuxi.


« Chère Mademoiselle Camillenchine,

Mes mains de vieillard prennent le pinceau pour vous écrire, et vous donner quelques nouvelles d’ici-bas. Il pleut toujours comme vache qui pisse, les poulets sont gras comme des oies, la mousse est bien verte sur nos murs et ce benêt de Wang est toujours aussi con. Une nuit, sous l’emprise de l’alcool certainement, il a changé les cadenas de tous les greniers du premier étage, et garde maintenant les clés dans un endroit secret. Chaque fois que nous avons besoin de quelque chose, nous devons le lui demander en l’appelant « Maître Wang », et nous devons lui donner un poulet en échange.

Nous avons eu encore quelques touristes aux longs nez, ce qui m’a permis de compléter ma collection de cartes de visites. Comme vous avez pu le voir, j’ai en ma possession toutes les cartes de visites des barbares qui foulent le sol de notre tulou. C’est payable de voir vos têtes à tous, quand vous reconnaissez l’un d’entre vous sur ces petits bouts de carton. « Oh, 我认识他 ! 我认识他 ! (je le connais, je le connais !)», en faisant des bons de gazelle, sous l’œil effrayé de nos volatiles déjà bien perturbés par la grippe. C’est amusant, vous avez l’air de tous vous connaître. Quelque part je poursuis l’œuvre de Jacques Pradel, célèbre philanthrope du 20ème siècle, à jamais perdu de vue et qui a pourtant fait se retrouver tant d’âmes séparées.


Sur tout mon stock de cartes vous avez reconnu au moins trois personnes que vous connaissez, dont ce Julien Delerue, un laowai venu de l’Est. Je me rappelle bien de Julien, un véritable homme d’affaires. Il a essayé de nous vendre des paniers en osier, du thé et des chapeaux pointus et j’ai bien failli faiblir. Heureusement ma vieille était là pour me rafraîchir la mémoire et me rappeler qu’il s’agit-là de nos principales possessions dans la tulou. Je lui ai demandé s’il avait des porte-cartes et la perte de face lui est tombée dessus quand il a réalisé qu’il avait songé à tout sauf à ça. Il m’a promis de revenir d’ailleurs, aussi dites-lui bien de m’en prendre un qui peut contenir 200 cartes, car je risque d’avoir encore de la visite d’ici à son retour.

Enfin tout ça pour vous dire que je suis bien heureux de contribuer à renforcer le réseau, tout comme vos machins là, les blogs !

Bien à vous,

Papy Tcheng »

Le blog de Camille c'est par ici.