Shanghai

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mercredi 26 avril 2006

Botus et mouche cousue

J'ai toujours cru que mes frères chinois ne pouvaient s'adonner aux joies du cruciverbisme.

En effet, en chinois un mot s'écrit généralement à l'aide d'un seul (voire deux) hiéroglyphe(s). Vous en conviendrez très certainement, cela contrevient aux principes fondateurs du "mot croisé".

Bref, jusqu'à aujourd'hui j'étais convaincu que pour mes camarades chinois la seule façon de prendre du bon temps en compagnie d'un stylo et d'une grille vierge était de se rabattre sur le sudoku.

Cet après-midi, la preuve de l'existence de la pratique du cruciverbisme en Chine s'est imposée à moi au détour d'une page du Shanghai Times (申江服务导报).
Je suis tombé nez à nez avec une grille de chez grille dans le plus pur esprit "mot croisé".


J'entends déjà certains d'entre vous se dire que j'ai pris un melon pas possible et avec mes histoires de lecture du Shanghai Times.
Point du tout, l'explication est simple.

Ces derniers temps, rien ne me détend plus que de m'installer dans un endroit bien en vue et de faire semblant de lire un journal tellement poivré en matière de hiéroglyphes qu'il est à peine compréhensible y compris par les chinois eux-mêmes.

En effet, quoi de plus tordant que de voir la bouille d'un chinois qui se dit "Par la barbe du prophète, qui est ce laowai (vieil étranger) qui broute de l'Economic Observer en caractères non simplifiés ?".

Attention cependant aux retours de manivelle.
Lorsque l'on fait semblant de lire des articles en chinois sur la place publique il convient de respecter quelques règles élémentaires sous peine de de se faire démasquer.

Parmi celles-ci on retrouve l'incontournable "Ne pas regarder trop longtemps les images", le très efficace "Tourner les pages régulièrement mais point trop rapidement", ou encore l'irrévérencieux "Prendre un air concerné lorsque l'image indique que le sujet traité par l'article est sérieux"...

Best regards,

Julien D.
Gentleman bricoleur

PS : On se voit ce soir ?

samedi 22 avril 2006

Pas de boogie woogie...



Mes bien chers frères, mes biens chères soeurs,

J'ai le plaisir de vous convier à la deuxième édition de l'apéro des blogueurs de Shanghai et de leurs lecteurs.

Cette petite sauterie se tiendra le jeudi 27 avril prochain à partir de 19h30 au C's bar.

Inutile de préciser que tout le monde est le bienvenu et que toute absence non justifiée par un mot signé de vos parents sera lourdement sanctionnée.

N'hésitez pas à relayer ce message sans modération à qui voudra bien l'entendre.

Si par malheur vous habitez à Beijing - tout le monde n'a pas la chance d'habiter dans la capitale Shanghai - vous pouvez toujours vous joindre au pot des blogueurs de Beijing qui se tiendra au PMU "Le Plumard" en compagnie du gotha du gotha Pékinois. Ca peut valoir le coup, d'autant plus qu'Hesiem sera très certainement escorté de quelques playmates du vendredi.

Tant que j'y pense.... Le C's bar habite à l'adresse suivante :
定西路 685号 (靠近法华镇路)
685 Dingxi Road (by Fahuazhen Road)

A jeudi alors !

Bisons futés,
Julien D.

vendredi 14 avril 2006

Les Hakkas du Fujian

Tiens, il faut que je vous conte notre rencontre avec nos frères les Hakkas du Fujian.

Tout commence en 1998. A cette époque j’ai 19 ans les transistors diffusent en boucle « La tribu des Hakkas » du groupe Manau. D’aussi loin que je me souvienne, c’est la première fois que j’entends parler des Hakkas et du vent qui souffle sur les plaines de la Chine Armoricaine.

Dans la vallée (oh oh) des Hakkas (la li la la)
Dans la vallée (oh oh), j’ai pu entendre le yéti
Dans la vallée (oh oh) des Hakkas (la li la la)

Quand je serais grand, je serai Hakka !


Arriver en territoire Hakka, ça se mérite.

Nous montons d’abord dans un bus à Xiamen qui a met cinq bonnes heures avant de rejoindre la ville de Yongding 永定 point de départ vers le rêve Hakka. Remarquez, le terme « ville » est peut être légèrement excessif pour qualifier Yongding, disons plutôt « bourgade ».

A Yongding, un minibus en forme de pain de mie tranché – ce sont les chinois qui le disent – vient nous cueillir pour nous déposer au pied d’un hôtel situé en bordure d’un village Hakka. Là encore, le terme « hôtel » est également légèrement excessif, disons plutôt « auberge ».

Les lits y sont confortables… enfin, encore faut il savoir apprécier le confort offert par une planche de bois recouverte d’un drap fin.

L’aubergiste nous ouvrira très gentiment les portes de la 土楼 (maison en terre) attenante à son établissement et appartenant à ses ancêtres. Le bâtiment vieux de cinq cents printemps n’est aujourd’hui habité plus que par soixante dix âmes parmi lesquelles figurent le père et l’oncle de notre hôte.


La 土楼 de base se présente sous forme d’une construction ronde entourée de hauts murs en terre constituant une enceinte protectrice. Avec pareille architecture, même le père Noël doit montrer patte blanche pour pénétrer dans l'enceinte d'une 土楼.


Le yéti se pointe avec la ferme intention de manger du Hakka ? No problemo, il suffit de quelques secondes pour refermer les lourdes portes de la forteresse et ainsi mettre les petits Hakkas hors de danger.


Au centre d’une 土楼 on trouve généralement un lieu de réunion ainsi qu’une basse cour dans laquelle cochons et volailles circulent en semi liberté.

Une fringale de derrière les fourrés ? Il n’y a qu’à se baisser pour saisir un poulet à terre et lui faire sa fête.


Pour ce qui est des rafraîchissements, un puits distribue une eau à robe verte mais néanmoins désaltérante.


Pour terminer, je ne résiste pas à la tentation de vous coller la reproduction d’une page du quotidien chinois le 青年报 distribué dans notre avion au retour.

Il y est question des ambitions politiques de notre Ségolène qu'ils surnomment royalement la 漂亮妈妈, autrement dit la « jolie maman ».

Qui va hériter du surnom 超爸爸 (« super papa ») ?


jeudi 6 avril 2006

Made in Taiwan

Hier midi, rendez-vous chez ces zapotèques d'Amélie et de Gabriel.
Jusqu'ici rien de dingue.

Avant de m'y rendre, je me dis "Pas moyen" - en vrai je dis plutôt "没办法" tellement je suis dans le business - "il faut que je leur offre un quadripède monté sur coquille".
En effet, l'entrée de leur demeure de rêve est équipée d'une espèce de bassin d'eau au design scandaleusement hype.

Je fais donc un petit crochet par le marché aux criquets de Shanghai.
Oui, on y vend également des tortues.

Bien entendu, je n'ai jamais acheté pareil animal.
Par voie de fait, je me retrouve sec comme un vieux hanneton devant les différentes tailles et variétés qui s'offrent à moi.
Je suis bien en peine de sélectionner une tortue sur la base de critères rationnels.

"C'est bien simple, il me faut la plus chouette, c'est pour offrir."

La vendeuse qui n'a pas mis longtemps à piger que j'étais un guignol en matière de tortues me sort de l'embarras en m'en désignant une du doigt.

"Celle-ci vient de Taiwan et pour ne rien gâcher elle a une chouette coquille."


Elle en saisit trois autres et les plonge toutes ensemble dans une bassine d'eau de façon à pouvoir comparer leurs aptitudes sportives.
Je dois bien reconnaître que la tortue "Made in Taiwan" se débrouille pas mal en natation.
Le test de la bassine finit par me convaincre, j'embarque le modèle taiwanais.

J'en profite au passage pour acheter quelques accessoires de première nécessité comme des croquettes vitaminées et du polish spécialement conçu pour faire briller les coquilles ternes.


Voilà un jour et demi qu'elle a emmenagé dans son nouveau chez elle.
Les rôles sont clairs, Gabriel et Amélie sont les propriétaires, et moi je suis le parrain.
Au fond, c'est un petit peu ma tortue aussi.


Cet après-midi, message de la part d'Amélie.

Subject: quelques nouvelles de caro (*)

Alors comme elle était toujours dans le même coin, je me suis dit que j'allais voir si tout allait bien.
Je l'ai donc prise et emmenée dans l'autre bout du bassin.
J'ai eu un peu peur quand elle s'est mise direct à couler mais elle a vite sorti ses pattes et sa tête et s'est mise à ramper sous l'eau (je me demande si elle n'a pas quelques soucis pour nager).
Bref, elle s'est un peu promenée puis a repris sa place derrière le tuyau.
Je ne sais pas si c'est de la timidité ou de la solitude.
je pense qu'elle essaye tout de même de nous dire quelque chose...

Vous en pensez quoi ?

(*) Caro, c'est l'abréviation de Caroline, et Caroline c'est le nom de la tortue.