Dimanche dernier, nous sommes allés visiter la veille ville de Shanghai en compagnie de Gaetan.
Sur le chemin du retour, il a tenu à nous faire visiter le marché aux oiseaux.


Sur ce marché aux oiseaux l'offre rencontre la demande en matière de perruches bilingues anglais/chinois, de pigeons voyageurs, de mini-chiens, et j'en passe...
Mais les chinois viennent surtout dans cet endroit pour acheter et vendre des criquets.
En bref, le marché aux oiseaux, c'est un peu le Wall Street du criquet.
Pour l'anecdote, on y trouve principalement deux sortes de criquets.
Les criquets lutteurs, spécialement dressés pour des combats clandestins, et les criquets chanteurs spécialement dressés pour l'entertainment.
Lorsque les chinois viennent sur ce marché pour faire l'acquisition d'un criquet lutteur, ils mettent un point d'honneur à dénicher la perle rare, à savoir le criquet qui sera la terreur de tous les rings.
Plusieurs stratégies s'offrent à l'acquéreur d'un criquet modèle sport.
La première, de loin la plus courageuse, consiste à choisir son criquet dans le berceau et à l'entraîner à la mano pendant des mois.
La seconde, moins péchue mais plus onéreuse, consiste à faire l'acquisition d'un criquet en pleine force de l'âge, tout en prenant soin d'éviter de choisir une mule apathique.
De la même façon, lorsque l'on choisit son criquet chanteur, il faut savoir faire la différence entre les casseroles et les artistes.


Depuis longtemps nous fantasmons avec Gaetan sur le concept de posséder nos propres criquets.
Ce dimanche, restera gravé dans les tablettes comme le jour où nous avons franchi le pas.
Nous optons pour des criquets artistes.
Ces modèles de criquets peuvent vivre jusqu'à 5 mois si l'on en prend bien soin nous assure la vendeuse.
Il suffit de leur donner un grain de riz bouilli humidifié de temps en temps.
Bien repu le criquet artiste peut chanter plusieurs heures de suite.
Nous voilà repartis du marché avec nos criquets, la tête pleine de belles théories.
Nous n'en restons pas là, et nous convenons de quelques règles simples entre nous :
1. Toujours avoir son criquet sur soi. Si jamais l'un surprend l'autre sans son criquet, il lui doit un pot.
2. Le premier criquet des deux qui se met à chanter fait gagner un pot à son propriétaire.
3. Le premier criquet qui rend l'âme fait perdre un pot à son propriétaire.
La pression est donc maximale entre nous, et dès le premier soir, je traite mon criquet en Prince.
Sur les conseils de la vendeuse, je place donc un grain de riz bouilli dans son écuelle.
L'heure tourne, mais celui-ci, sans doute dans une phase de déprime entame une grève de la faim, et n'oublie pas de rester muet.
J'apprends le lendemain matin que le criquet de Gaetan a vite pris la confiance et qu'il a chanté pendant la nuit.
Kleuk, je viens de perdre un pot.
Lundi, je change de stratégie.
Mon criquet a besoin de vitamines pour l'inspiration.
Je lui donne donc un mini morceau de brugnon.
La journée s'écoule, et pas le moindre son ne sort de sa petite cage.
Pendant ce temps, Gaetan qui a pris la confiance aussi vite que son criquet, me n'oublie pas de me faire remarquer que le sien chante comme en boucle.
Allons bon, me serais-je fait refiler un criquet muet ou timide ?
La schkoumoune s'abat sur moi, et je sors le soir même avec Gaetan dans un restaurant cantonnais en oubliant de prendre mon criquet avec moi.
Et hop ! Deux pots pour ma poire.
Youpi, dans la nuit de lundi à mardi, mon criquet se met enfin à pousser la chansonnette pendant quelques instants avant de se faire sortir sans ménagement de la chambre.
Ce soir là, fin de période de schkoumoune pour moi.
Gaetan en voulant faire sortir son criquet lui fait tomber une mini-planche sur le ciboulot.
Malheureusement pour lui, son criquet rend l'âme dans la nuit, et la course s'arrête pour lui :)
De mon côté, les jours passent et mon criquet (malgré sa petite taille) descend bananes, melons, et tomates cerises par cageots tout en chantant de plus en plus fort, de plus en plus tard, et surtout de plus en plus longtemps.
Je commence à comprendre son mode de pensée, et je comprends aussi que ce qu'il préfère par dessus tout, c'est sortir les amplis 300,000 Watts à 2 ou 3 heures du matin pour chanter à pleins tubes.
Le déplacer dans une autre pièce ne suffit plus, et je suis maintenant obligé de le sortir la nuit venue sur le pallier de l'appartement.