Shanghai

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samedi 23 juin 2007

La rue de Nankin

Qui n'a jamais entendu la ritournelle "Watch, Bags, DVDs, Massages" n'a jamais véritablement foulé la rue de Nankin à Shanghai.

La partie Est de cette rue qui s'étend de la Place du Peuple jusqu'au Bund accueille son lot de touristes et d'hommes d'affaires pour le plus grand bonheur des colporteurs de la ville rompus à l'exercice de la vente éclair.

Il suffit de passer dans le viseur d'un vendeur à la sauvette pour que celui-ci accoure immédiatement à vos côtés avec la certitude absolue d'avoir identifié le besoin de consommer qui sommeille secrètement en vous :

- Hello my friend, you wanna watch, bags, DVDs. vous récite t'on en vous collant sous les yeux un catalogue aux pages froissées

Bien souvent on est tenté de répondre

- No my friend, comme tu peux le voir, je suis présentement en train de déambuler sur la rue de Nankin

Le vendeur entre alors dans une phase d'analyse. Visiblement, vous n'êtes pas un fêlé du sac à main, ni un fétichiste de la montre-bracelet. Celui-ci reformule alors sa proposition de valeur afin de cerner un peu mieux vos attentes.

- So you wanna massage ?

Généralement, à ce stade avancé de l'acte de vente, il y a toujours un mérou plus dodu que vous pour passer dans la zone radar de votre vendeur. Le travail d'identification de votre besoin s'arrête alors séance tenante. Pas le temps d'écouter votre réponse assurément négative. Le devoir l'appelle ailleurs, à peine le temps de se ressaisir de son filet à papillons et le voilà déjà reparti à la rescousse d'un nouveau-futur-ex-client qui s'ignore encore. La boucle est bouclée.

De toute évidence les vendeurs de la rue de Nankin rencontrent de véritables (insurmontables ?) difficultés pour identifier de vrais prospects prêts à leur confier tout ou partie de leur budget "sac à mains". Finalement, il y a fort à parier que ceux-ci perdent beaucoup de temps avec des clients peu intéressés et peu intéressants.

Aussi, avec Gaetan - l'homme qui murmurait à l'oreille des piverts - nous avons eu l'idée de développer un concept destiné à assister les vendeurs de la rue de Nankin dans leur démarche de prospection. Ce concept novateur - je crois qu'on peut le qualifier ainsi - se matérialise sous forme d'un T-shirt à enfiler à chaque fois que vous entrez dans une zone de turbulences, la rue de Nankin par exemple.


Les montres,
Les DVDs,
Les massages,
Je n'en veux pas !
Merci de votre coopération

Économies d'énergie, efficacité décuplée, bénéfices assurés.


Et ça marche !


Julien,

Ambassadeur de la coopération entre touristes et vendeurs à la sauvette.

dimanche 15 avril 2007

Bisons futés


Les gardiens de notre résidence m'ont récemment fait remarquer - à juste titre - que les français se saluaient de façon bien curieuse.

- "Ah vous les français, vous êtes romantiques, vous vous embrassez pour vous saluer" m'a soufflé l'un d'eux hilare alors que je venais de saluer un groupe d'amis devant l'entrée de notre résidence.

Quelques recherches en ligne sur le sujet m'ont mené à la lecture d'un bulletin d'information d'une université chinoise adressé à ses élèves partant étudier en France. Voici ci-dessous une libre traduction de quelques passages qui m'ont particulièrement plu.

"En réalité, s'embrasser fait partie intégrante de la vie des français, c'est une façon de se saluer"

Le décor est posé...

"[...] les femmes saluent les femmes et les hommes saluent les femmes ainsi".

... on rentre ensuite dans les détails...

"[...] le mode opératoire est le suivant : les deux personnes qui se saluent se collent joue contre joue, d'abord du côté droit, puis du côté gauche. Lors du contact entre les deux joues, les lèvres n'effleurent pas les visages, en revanche celles-ci produisent un son de baiser. Le plus fort étant le mieux, cela permet alors d'exprimer la proximité."

... viennent alors les exceptions...

"Les hommes ne se font généralement pas la bise entre eux, ils se serrent la main pour se saluer. [...] Cependant, entre membres d'une même famille ou entre très bons amis, il arrive que les hommes se fassent la bise entre eux."

... puis quelques règles élémentaires à suivre...

"Le nombre de bises a une signification bien précise. Des amis lambda se font généralement deux bises alors que des amis très proches s'en font quatre."

... pour glisser en douceur de la théorie à la pratique...

"[...] si on imagine qu'une petite sauterie comporte en moyenne une vingtaine d'invités, et si l'on compte les deux bises distribuées au début puis les deux bises distribuées à la fin par chacun d'entre eux, cela représente alors en tout pas moins de 80 bises par personne [...]"

... enfin l'analyse se corse légèrement au milieu du dernier paragraphe...

"Mais les français ne s'embrassent pas qu'entre membres de la famille et amis, ils embrassent également leurs animaux domestiques"

Sur ces bonnes paroles, je ne vous embrasse pas, laissez moi plutôt vous envoyer quelques poignées de mains viriles,

Julien

samedi 31 mars 2007

Les étranger's

Au Starducks café à Shanghai, si vous semblez être de confession chinoise, on vous demande votre nom de famille lorsque vous passez en caisse. Le cas échéant, on préfère ne rien vous demander, c'est plus sûr ainsi.

Une fois votre commande réglée, on inscrit votre nom sur un gobelet qui est aussitôt transmis à un maître caféier à qui incombe la tâche de préparer votre arabica en coulisse. Aussi, pas de confusion possible lorsque l'on vous remet votre breuvage caféiné.

"Le caramel frapatto de Mademoiselle Zhang est prêt !" annonce ensuite le serveur pour signaler à Mademoiselle Zhang qu'elle peut venir retirer son café au comptoir.

Moi, je ne colle pas trop au profil, du coup au Starducks jamais personne ne me demande mon nom de famille chinois, et jamais personne ne s'amuse à inscrire mon nom de famille chinois sur mon gobelet. Pourtant j'imagine que je serais plutôt content de répondre que je m'appelle Monsieur Zhu (朱), à ne pas confondre avec Monsieur Zhu (猪).

Personne n'inscrit jamais mon nom sur mon gobelet... mais d'aussi loin que je me souvienne, jamais erreur de routage ne s'est produite. Comme par magie, une fois ma commande passée, il suffit que je me présente au comptoir sans piper mot pour que l'on me remette toujours dans les plus brefs délais mon gobelet... celui que j'ai commandé et pas celui de Mademoiselle Zhang.

Dimanche dernier, je vais prendre un café avec Olivier, et une fois de plus lorsque nous nous présentons à la caisse pour passer commande, on oublie de nous demander nos noms, mais quelques inscriptions sont gribouillées à la hâte sur nos gobelets.


外's - autrement dit "étranger's" - peut on lire sur nos gobelets en carton.

Hum, je crois que je comprends mieux maintenant.

samedi 24 mars 2007

Le morning toast

Une invention épatante a récemment fait son apparition sur les étagères de la boulangerie coréenne de la rue Hubei, le Morning Toast au beurre.


Le Morning Toast au beurre se présente sous la forme d'un classique pain de mie tranché dans un sachet plastique.

Rien d'exceptionnel ? Vous seriez bien naïfs de vous fier à votre première impression, n'allez pas croire que le Morning Toast n'est qu'une queue de chien montée sur une peau de zibeline, 狗尾续貂 comme le dit le proverbe chinois.

Le Morning Toast, c'est bien plus qu'un toast... En tout cas, c'est le message que s'efforce de véhiculer une réclame placée en tête de gondole à l'attention d'éventuels clients sceptiques.

Le Morning Toast répond à la fois aux besoins d'une clientèle pressée mais soucieuse de son alimentation.

"Le Morning Toast au beurre, plus besoin de beurrer la tartine" annonce le titre de la réclame

Un petit cercle rouge à côté duquel sont inscrits les mots "Contient du beurre" invite le futur client à admirer les particules de beurre - invisibles à l'oeil nu - pré intégrées par on ne sait quel procédé au sein même de la structure de la mie du toast.

Vous l'aurez compris, le Morning Toast au beurre est une tartine pré beurrée.

Je vous laisse imaginer le temps gagné le matin, modulo le fait qu'il n'est plus nécessaire de salir un couteau, ni même de racler la plaquette de beurre dure comme du béton.

Pour ma part, 安如泰山 aussi stable que le mont Taishan, je reste de marbre en matière de Morning Toast... enfin j'essaie de le rester.

A quand les Morning Toasts, pré tartinés à base de particules de pâté invisibles à l'oeil nu ?

dimanche 11 mars 2007

Les Pipines

Debriefing...

Hum hum, mon verdict est sans appel, je vous déconseille très fortement les Pipines pour les vacances.


Les plages pipinoises ne présentent aucun intérêt. L'eau est d'une couleur marronnasse tendance douteuse... c'est d'ailleurs probablement lié à l'épaisse couche de vase nauséabonde qui recouvre la caillasse des côtes de l'ensemble des archipels du pays.

Je laisse le soin aux sceptiques de se faire leur propre idée sur la question. Et comme je sais qu'une image est parfois bien plus éloquente que de longs discours, je vous invite à regarder la photo ci-dessous. Ce genre de paysage est ma foi assez représentatif de ce qu'on a pu voir en matière de plage aux Pipines.


Détail qui tue - on ne le voit d'ailleurs pas sur la photo - l'eau est glaciale. J'en veux pour preuve, il n'est pas rare de voir des blocs de glace à la dérive au large de la barrière de corail circuler entre les bateaux pirates.


Cerise sur le gâteau, je vous le donne dans le mille, les Pipines font péter le score en matière de pluviométrie. Le ciel est rarement dégagé. Eté comme hiver, il pleut plus de 365 jours par an. Mais soyons positifs, un temps maussade présente aussi des avantages, eh oui il est assez dur de se prendre un coup de soleil sur le bout du nez.


Je sais pertinemment que certains d'entre vous - aveugles et sourds à mon chapelet de mises en gardes - seront tout de même tentés d'aller faire un saut aux Pipines. A ceux là, je conseille de ne pas oublier de glisser une couverture de survie en alu dans leurs valises. Oui, la nuit le blizzard est impitoyable... et je ne parle même pas du redoutable yéti qui sévit aux abords des plages.


Alors convaincus ?

samedi 3 mars 2007

Prise de bec

Samedi matin, 6h21.


Ce matin j'accompagne Gaetan et son pivert, un huamei 画眉 dont il a fait l'acquisition le mois dernier du côté de la vieille ville. Aujourd'hui, Gaetan a un plan pour aller voir des combats de huameis.

Entre parenthèses, le huamei c'est le genre d'oiseau correctement pénible, façon tamagochi, auquel il faut impérativement donner un bain tous les jours entre onze et quinze heures sous peine de le voir déprimer.

Il est sept heures du matin, nous sommes samedi, et nous voilà tous les trois - Gaetan, son pivert, et moi - à la recherche de la salle où sont censés se dérouler les combats de huameis. Nous de disposons que de très vagues indications, un nom de rue et un indice... les combats ont lieu dans un salon de thé.

Bien entendu une fois sur place, pas de salon de thé.

Il est cependant difficile de ne pas prêter attention au ballet permanent d'hommes accompagnés de leurs piverts convergeant vers un restaurant du Hunan. Futés comme des bisons nous poussons la porte du hunanais qui semble fermé, nous traversons la salle principale et empruntons un escalier au fond de l'établissement.


A l'étage, nous découvrons une salle enfumée dans laquelle siège une cinquantaine d'hommes attablés tel des écoliers. Ils attendent en compagnie de leurs piverts, sérieux comme des pontifes. On ne sait d'ailleurs pas trop ce qu'ils attendent.


Un homme avenant nous fait alors une petite place sur une table au fond de la salle et nous nous retrouvons assis en rang - comme à l'école - aux côtés de trois acolytes, piverts bien alignés devant nous. La fine équipe.

Il va sans dire qu'avec l'épaisse fumée de cigarette qui flotte ainsi que le pépiement incessant des piverts, il règne une atmosphère pour le moins particulière. Pour mieux communier avec le reste de la salle, nous engageons alors à notre tour un processus d'attente. Tic, tac, tic, tac...


On vient assez rapidement nous parler, on s'enquière de la santé du pivert qui nous accompagne, quel âge a t'il ? Il est bien trop jeune et trop frêle pour combattre nous fait on remarquer à droite. A l'arrivée de l'automne il va muer et perdre toutes ses plumes souligne t'on à gauche.

Nous apprenons que les combats de huameis ne sont pas fréquents. Certains jours comme aujourd'hui il n'y en a d'ailleurs pas.


Peu avant huit heures du matin, un homme fait son apparition dans la salle pivert à la main et pyjama de soie sur le corps. Alors qu'il passe devant nous, on nous souffle discrètement que cet homme est un gros cador. Rien que l'année dernière son pivert lui a rapporté près de 350.000 yuans - 35.000 euros - en paris sur ses combats.

Ciel, 老天 !

Ce samedi est un jour béni des dieux, on nous fait une faveur en nous apportant deux oiseaux que l'on fait spécialement combattre devant nous. Le mode opératoire est assez simple, les oiseaux se prennent le bec sans toutefois s'entretuer. Le protocole reste plutôt bon enfant.

Et puis, après deux bonnes heures passées dans l'arrière salle de ce restaurant du Hunan à refaire le monde avec la salle, et sachant que trop de pivert tue le pivert nous jugeons plus raisonnable de prendre la poudre d'escampette.

dimanche 18 février 2007

C'était de la dynamite...

A l'occasion du passage à l'année du Porcinet Doré hier soir, tous les galopins de Shanghai étaient de sortie pour mettre le feu aux poudres aux quatres coins de la ville.

Une chose est sûre, personne n'a perdu la main depuis l'année dernière.



Hum, je crois que le devoir m'appelle.


Que le cochon soit favorable et prospère...
... Excellente année à toutes et à tous !

samedi 17 février 2007

C'est de la dynamite...


Voilà plusieurs semaines que le nouvel an chinois se fait désirer du côté Shanghai.

D'ici quelques heures nous allons dire au revoir à l'année du Chien pour entrer dans l'année du Cochon, et pas n'importe lequel... ce soir nous célébrons l'arrivée du Cochon Doré.

L'année du Porcinet Doré est une année d'autant plus exceptionnelle qu'elle ne pointe le bout de groin que tous les soixante ans. 1 + 1 font 2, le prochain ne reviendra donc qu'en... 2067.

Bien entendu, les canards séchés ont refait leur apparition sur les fils à linges des balcons de nos voisins.

Quelques riverains un peu chauds du briquet ont d'ailleurs d'ores et déjà entamé quelques répétitions avant le grand soir. Depuis quelques jours on peut en effet entendre de nombreux bâtons de dynamite exploser en toute discrétion avant l'heure.

A ce propos, à l'entrée des cages d'escaliers de notre résidence, des écriteaux rappellent aux habitants quelques règles élémentaires à observer pour le bon déroulement de la soirée du nouvel an. Nous avons l'interdiction formelle d'allumer le moindre pétard, le moindre feu d'artifice ou encore le moindre objet cylindrique surmonté de la moindre mèche sur nos balcons.

Hier soir, mon gardien favori m'a interpellé dans le hall de notre résidence pour me serrer la pince et me souhaiter une prospère année du Cochon d'or. Il m'a ensuite demandé avec ses petits yeux brillants si nous serions à Shanghai pour cette fameuse soirée, si j'avais bien pensé à acheter mes feux d'artifices, si je n'avais pas omis de procéder à une révision du bon fonctionnement de mes briquets et tout le tralala.

Vous l'aurez compris, il se trame une grosse sauterie du côté de Shanghai, et je ne louperais cela pour rien au monde !

Je vous souhaite une excellente année du Cochon Doré, groin groin.

A vos mèches,... prêts,... feu,... partez !

samedi 10 février 2007

Amourettes à la campagne

Voilà bientôt deux ans que je n'ai pas visionné le moindre épisode de "Joséphine Ange Gardien", ni même le moindre petit morceau de "Sous le soleil" ou encore de "Louis la Brocante".

Dur dur de satisfaire mon insatiable appétit pour ce genre de programmes dont la fraîcheur n'a d'égal que la bonne humeur.

Dur dur.... jusqu'au week-end dernier où la zapette m'a mené - par un hasard providentiel - sur la piste du 31ème épisode d'une série chinoise répondant au doux nom de 乡村爱情, autrement dit "Amours à la campagne".


"Amourettes à la campagne" dépeint la vie d'une gentille ferme familiale, les petits malheurs et les grands bonheurs de ses habitants.

Le 31ème épisode est consacré au cas du petit 永强 Yong Qiang, honnête cultivateur de son état et accessoirement épris de la belle 王小蒙 Wang Xiao Meng.

Tout roule pour eux, jusqu'au jour où un responsable du parti se pointe à la ferme, bourse d'études dans la besace, pleinement déterminé à extraire Yong Qiang des champs et in fine à l'éloigner de la ravissante Wang Xiao Meng.


Choix cornélien.

Le papa de Yong Qiang - le petit moustachu ci-dessous - voit là une formidable opportunité et exhorte son fiston à quitter l'insouciance de la vie au grand air pour aller rejoindre les bancs de l'université.


A l'inverse Yong Qiang n'entend pas les choses de la même façon que son paternel et se ferme comme une huître à chaque fois que le sujet revient sur le tapis. Toute la ferme finit par essayer de manger le cerveau de Yong Qiang, l'enjeu est de taille, il est hors de question qu'il laisse passer sa chance.

S'ensuit une discussion à bâtons rompus avec sa chère Wang Xiao Meng - juge de paix - à base de :

- Pars à l'université ! Cela t'ouvrira des portes, je sais que tu as toujours rêvé de décrocher un travail à la ville lui glisse t'elle
- Oui, mais j'ai deux rêves... Dans le premier j'ai un travail de papa à la ville, et... dans le deuxième tu es à mes côtés répond il habilement


On s'y attend, Yong Qiang finit par se faire bouffer le cerveau et prend l'ultime décision, celle de partir.

Il fait la tournée des popottes pour dire adieu à ses camarades... papa fier comme bar tabac se frotte les mains et allume moultes ribambelles de pétards dans la cour de la ferme... et sa tendre Wang Xiao Meng lui offre un téléphone portable pour garder le contact.


Le dernier soir avant son départ il ressasse ses souvenirs dans sa chambre, seul, sniff, sniff.

Le matin du départ, sac au dos, tel un condamné à mort, il attend le coeur gros comme une patate l'estafette du responsable qui va l'emmener à l'université... loin de sa dulcinée.

Il va sans dire que je retiens mes larmes et que j'ai également le coeur gros comme une patate... Quand soudain, notre héros reçoit un SMS éploré de sa douce qui le fait vaciller et revenir sur sa décision... Il n'ira pas à l'université.

A ce moment là, on imagine très bien le papa de Yong Qiang qui s'arrache les cheveux et la moustache en coulisse.


Les nuages s'écartent alors pour laisser place au soleil, et Yong Qiang s'enfuit à travers champs tel le chien de la publicité Royal Canin et termine sa course dans les bras de la femme de sa vie.


Ainsi s'achève le 31ème épisode.

Yong Qiang ne va t'il pas s'en mordre éternellement les doigts ?
Comment va réagir le responsable du parti ?
Vous le saurez en regardant le prochain épisode de 乡村爱情 sur CCTV4 vendredi prochain à 19h30.

mardi 16 janvier 2007

Tei Kong


Tiens, aujourd'hui j'ai encore pris un drôle de taxi.

A peine le temps de refermer la portière passager que le chauffeur me demande d'où je viens. Je m'empresse de répondre que je suis français.

S'ensuit alors une conversation passionnée sur la France. Le sympathique homme semble plutôt bien maîtriser son sujet. Il me parle de son fils parti étudier à Lyon, de l'amitié franco-chinoise, des bagnoles françaises et Jean passe.

Puis il déclare un brin amusé

- Tu sais, je ne sais dire qu'une seule phrase en français

Je m'attends à ce qu'il me lâche un conventionnel "Bonjour" ou "Salut", mais que nenni celui-ci opte plutôt pour un

- Tei kong

A cet instant là je me dis que quoique cet homme veuille signifier, il faut avoir l'imagination d'un escargot de Bourgogne pour ne pas interpréter son "Tei kong" par un bon vieux "T'es con" de derrière les fourrés.

Par acquis de conscience je procède tout de même à une petite vérification avant de me bidonner en coeur avec lui

- Hum, vous avez bien voulu dire "T'es con"...?
- Ah oui, oui, c'est bien ça, "Tei Kong, Tei kong, Tei kong !"

dimanche 7 janvier 2007

L'institution


- D'accord on y va, mais pas longtemps, juste deux ou trois chansons et puis on rentre

Ainsi commence généralement une bonne soirée au KTV, autrement dit au karaoké.

- Allez, un dernier Backstreet Boys pour la route et puis on rentre

Ainsi croit-on que la soirée va s'achever quelques heures plus tard.

- Allez, encore un dernier Backstreet Boys pour la route et puis on rentre pour de bon

Ainsi s'achève finalement pour de bon la même soirée beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup plus tard.

Les novices d'un naturel méfiant objectent d'ailleurs assez souvent aux invitations à aller chanter par un habile

- Tu sais, moi chanter ce n'est pas vraiment mon truc

Ce genre de déclaration ne leurre pas grand monde. L'expérience prouve que les plus réticents finissent toujours par devenir de véritables ayatollahs du KTV.

Attention, le karaoké chinois n'a pas grand chose à envier à son adaptation française. Ici on ne badine pas avec le micro, le KTV est une affaire d'état.

Pour planter le décor, le karaoké chinois se pratique dans des pièces privatives équipées de canapés, d'écrans placentas ainsi que de paires de micros pour les duos. Il est bien loin le temps du KTV de grand papa.

Et comme chanter Barbie Girl peut dans certaines circonstances faire beaucoup de mal à un micro, on vous fournit des petits bonnets en mousse à usage unique à placer sur la tête de l'appareil afin de protéger celui-ci jusqu'au bout de la nuit.

Comble du luxe, certains établissements mettent des bruitages pré-enregistrés à votre disposition. Ainsi, confortablement installé dans votre canapé, vous n'avez qu'un seul bouton à actionner pour reproduire les sifflets ou les applaudissements d'une foule en délire.

Un vidéoclip des Backstreet Boys, une moumoute sur le micro, et zou c'est parti.

Tell me why, ain't nothing but a heartache,
Tell me why, I never wanna hear you say,
I want it that way...


mardi 5 décembre 2006

Une paire de gao


Dimanche matin, place Tiananmen (*).

Le ciel est dégagé, le froid est saisissant.

Alors que nous nous déambulons en direction de la Cité Interdite, un lot de vendeurs à la sauvette attiré par les proies faciles que nous sommes s’accroche à nous dans l’espoir de nous fourguer des chapkas à moumoute et autres gants estampillés « JO Beijing 2008 ».

- Hello my friend, very cheap.

Nous avançons sans trop leur accorder d’attention lorsque j’entends une petite voix prononcer le mot « Chapeau » dans un français parfait.

Plutôt impressionné par la prononciation cristalline du mot « Chapeau » en français, je me retourne pour féliciter l’interprète de ces deux syllabes, une jeune vendeuse. Un touriste français lui a probablement appris à dire le mot « chapeau » par le passé. Elle manifeste assez vite l’envie de passer à des choses plus sérieuses et me demande

- Comment dit-on 手套 en français ?
- Des gants !
- Des « gao » répète t’elle juste après moi avec beaucoup d’application.

Parenthèse, Le son « an » du mot « gant » n’existe pas vraiment tel quel dans la langue de confucius.

- Ah non, on ne dit pas des « gao » mais plutôt des « gants », réponds-je amusé
- Ah d’accord. Des « gao », reprend t’elle avec toute la meilleure volonté du monde

Je n’insiste pas.
Après tout pourquoi ne dirait on pas « gao » à la place de « gant » ?

Notre cours improvisé s’arrête là, nous reprenons notre route.

Les informations circulent vite sur la place.

Une autre vendeuse à la sauvette à qui l’on vient visiblement de révéler l’existence du mot « gant » en français accoure avec la ferme intention de profiter de notre présence pour s’entraîner à prononcer son premier mot français.

Brandissant non pas un gant mais un bonnet fourré, elle nous interpelle

- Cela s’appelle un « gao ». J’ai bien prononcé ?

Si jamais vous croisez sur la place Tiananmen des vendeurs à la sauvette qui vous proposent gants ou bonnet tout en disant « gao », j’espère que vous aurez une petite pensée pour moi.

(*) Vous l’aurez compris, nous avons passé un WE à Pépin. Un grand merci à Thomas pour son accueil et son hospitalité. Un énorme merci à Camille également. Eh oui, gros scoop, nous avons enfin fait connaissance avec la célébrissime Camille qui nous a fait l’immense honneur de sa présence le temps d’un dîner. Hesiem, nous avons beaucoup pleuré de ne pouvoir te rencontrer. Maigre consolation, un "what's up man" nous est tombé dessus au détour d'une rue du côté de Sanlitun.

jeudi 30 novembre 2006

YunQi


Il semblerait que nos chers cousins chinois aient un rapport un peu particulier au 运气 (YunQi), autrement dit à la chance.
Avoir de la chance se dit 碰运气, ce qui signifie littéralement "entrer en contact avec la chance".

Figurez-vous que certains jours j'ai du mal à rentrer en contact avec mon YunQi.

- Allo YunQi, es tu là ?

Mardi soir, 23 heures et des brouettes, nous rentrons à la maison après avoir dégusté quelques becs de poulets en agréable compagnie.

Sur le pas de notre porte, je glisse mécaniquement la main dans ma poche afin d'en extraire la clé de notre chère demeure. Rien..., j'ai beau fouiller frénétiquement tous les coins et recoins de ma poche, celle-ci n'en reste pas moins désespérément vide... Il faut se rendre à l'évidence, j'ai perdu mes clés.

Que fait on lorsque l'on se trouve bloqué un peu avant minuit devant une porte et que le YunQi vous a laissé tomber ?

Plusieurs options s'offrent à vous. Coller quelques savates dans la porte en est une... à défaut d'ouvrir sésame, cela peut faire du bien. Vous pouvez également emprunter la patinette de votre voisin pour tenter d'en découdre à coups de guidon avec la serrure récalcitrante, ou encore escalader la façade de votre immeuble pour rentrer par la fenêtre.

Ce soir là, nous avons opté pour une solution alternative et pacifiste consistant à demander à un gardien de notre résidence qu'il nous arrange une petite mise en relation avec un serrurier qualifié.

Efficacité chinoise oblige, quelques secondes plus tard le sauveur déboulait dans le hall.

A peine arrivé devant la lourde porte fermée à double tour notre brave serrurier s'est immédiatement saisi de son petit tournevis pour l'introduire dans la fente de la serrure rebelle. Manipulant l'outil de droite à gauche avec beaucoup de dextérité, l'homme donnait plutôt l'impression de savoir parler aux serrures.

Après quelques longues minutes de négociations infructueuses tournevis dans la serrure, notre Arsène Lupin a finalement décidé - d'un commun accord avec lui-même - de passer à une méthode plus radicale. Celle-ci consiste tout simplement à bourrer la serrure de bandelettes de plastique façon bande magnétique de cassette vidéo.

Je ne vous cache pas que l'opération est plutôt risquée. En cas d'échec on se retrouve avec une serrure bouchée en complément d'une porte fermée à double tour. Mais devant le peu d'alternatives s'offrant à nous, nous avons plutôt laissé notre gentleman cambrioleur fourrer tranquillement ses bandelettes de plastique les unes après les autres dans la fente de notre serrure...

Et nous avons eu plutôt raison, puisque quelques bandelettes plus tard, retour du YunQi, notre serrure pleine comme une barrique finit par abdiquer.

Et vous, vous en êtes où avec le YunQi ?

samedi 25 novembre 2006

Mamie Nova

Glinglingling...
... L'apéroblog de Shanghouze est enfin retour !

Et pour cette cinquième édition, le rendez-vous est fixé mercredi prochain - le 29 novembre - au Nova à partir de 19 heures pétantes.


Nova Bar - 诺瓦
418 Dagu Road (Near Shimen Yi Road)
静安区大沽路418号(靠近石门一路)
Tel : 63401899

A ce propos, pour les connaisseurs le Nova c'est la réincarnation du fameux Sputnik (le Spoute) de la rue de la Butte aux Cailles.

Inutile de rappeler ce pot informel est ouvert à tous sans exception, et il va sans dire que je compte sur votre présence.
D'ailleurs toute absence non justifiée par un mot du docteur sera lourdement sanctionnée par le petit M'Barek en personne.

Alors, à mercredi ?

Au passage, une bise aux pékinois qui remettent également le couvert en organisant une sauterie de blogueurs samedi vendredi prochain.

jeudi 19 octobre 2006

Cours d'angliche


Frappé l'été et tiède l'hiver, le thé aux perles n'est guère plus qu'un thé au lait copieusement assaisonné de perles gélatineuses.

Ce matin, par la force de l'habitude je fais un petit crochet par mon bar à thés aux perlouzes favori et commande un thé aux perlouzes sans perlouzes.
Ah oui, j'allais oublier de le préciser... les perlouzes, amputées de toute forme de goût, constituent une belle escroquerie en soi.

L'une des serveuses décidée à mettre ma visite à profit me fait signe d'approcher et me présente son cahier d'écriture dans lequel figure une traduction manuscrite de l'intégralité de la carte de la buvette.

Imaginez qu'un ami étranger se pointe, il s'agit d'être en mesure de lui vanter les mérites des spécialités de la maison telles que le "仙草冻绿茶", littéralement "gelée de thé vert aromatisée à l'herbe immortelle".

Si le manuscrit de la serveuse indique de quelle façon écrire les noms des différents thés de l'établissement, il ne précise en revanche pas comment prononcer ces successions de lettres romaines.

Comme par hasard elle me désigne le produit star de la buvette "仙草冻绿茶" en face duquel figure la traduction en anglais "Immortal Herb Jelly Green Tea" et me demande,

- Comment prononce t'on ces mots en anglais ?
- I-MOR-TAL H-ER-B JE-LLY GREEN TEA.
- I-mor-tal h-er-b je-lly green tea reprend elle.

On est en bonne voie.

Demain descente surprise pour une interrogation orale de l'équipe de la buvette.